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20 ans du Musée du Quai Branly

20 juin @ 8h00 - 17h00

Le musée du Quai Branly fête ses 20 ans et je n’y suis pas conviée. C’est une déception. Je pense aux objets, aux histoires, mais aussi au public qui m’a tant aimée dans ce lieu et qui aurait surement voulu revivre ces moments magiques avec moi.

Sûrement d’autres conteurs seront présents, pourtant le 26 Juin 2006, un an après mon départ pour la Polynésie, je participais à l’inauguration de ce musée en racontant durant 5h des contes des îles Marquises. S’en sont suivies presque 15 années de travail intense, des recherches, de rencontres; création de 16 visites contées, enregistrement d’audio-guides, évènements en tout genre, des milliers d’enfants ont découvert le Pacifique grâce à mon travail, ma passion, mon amour et mon respect pour ces peuples.

Un marché public plus loin, la méchanceté d’ex collègues et voici que mes visites contées sont parties vers d’autres bouches.

Est-ce qu’un conteur ou un comédien m’a contactée pour savoir ce que signifiait tel ou tel conte?

-Non jamais.

Est-ce que je touche des droits d’auteur sur les créations et les enregistrements faits?

-Non plus, les contrats abusifs étaient bien ficelés.

Par contre j’ai vu certains conteurs venir m’écouter sans se présenter, tentant de capter ma manière de faire, puis vendre leur prestation ensuite.

-Est-ce que cela se fait?

Non, ça s’appelle du plagia.

Ce n’est pas parce que nous parlons de tradition orale qu’une personne qui a entendu ou lu un conte a le droit de le raconter. Il s’agit d’un répertoire, mon répertoire, celui que des anciens m’ont confié, celui avec lequel je tourne, je vis, je nourris mes filles. C’est un répertoire que je suis allée chercher, que j’ai travaillé, auquel j’ai donné une forme, une écriture, vous seriez surpris si vous entendiez ou lisiez les  témoignages dont je suis partie. Mais le travail d’écriture n’est pas reconnu dans le milieu du conte, il est de bon ton de croire que l’on répète ce que l’on a entendu ou de croire qu’en changeant 3 phrases cela s’appelle « adaptation ». Non mes très chers, ça c’est la facilité, c’est un manque total de création et surtout de connaissances et de travail.

Alors oui je suis déçue, déçue d’être privée de cette fête que j’aurai aimé faire avec ces objets que j’ai accompagnée et qui m’ont accompagnée durant 15 années, déçues pour mes histoires qui aimaient s’étendre dans ce lieu, déçue pour le public.

Il est dommage que dans ce musée, où l’on parle de respect des peuples, des cultures, on ne respecte pas ceux qui y ont oeuvré durant tant d’année. Nous n’étions pas des animateurs, des caricatures de conteurs qui font une grosse voix pour faire peur, nous étions des artistes-chercheurs.

Avec moi étaient Isabelle Genlis, Catalina Pineda, Halima Hamdan, Catherine Ahonkoba, Gabriel Kinsa.

Très chers objets, il me semble déjà loin le temps où mes mots, mes danses rayonnaient, où je convoquais les tupuna pour qu’ils nous accompagnent. Derrière vos vitrines, vos terres vous manquent et vos jours ne sont plus nourris que par un soleil pâle.

 

Détails

  • Date : 20 juin
  • Heure :
    8h00 - 17h00